Veuillez suivre la coquille XIII
- Carlito Thormann
- 15. Feb. 2022
- 4 Min. Lesezeit
Aktualisiert: 3. Jan. 2023
16.10.2021
Mon réveil fut le plus tardif de tout mon voyage. C’était très sûrement lié au cidre de la veille. J’avais dormi comme un bébé et j’ai eu beaucoup de mal à me décider à enfin partir. Avant de quitter l’hôtel j’ai savouré un café, c’est qui a été mon seul déjeuner ce matin-là.
Une fois Santillana del Mar derrière moi, je traversais des champs et passais à côté de fermes vides. Un peu plus loin, après avoir passé à côté d’une petite église, mes yeux se remplissent tout à coup de larmes. Je sentais mon coeur se tordre. C’était la première fois, mais de loin pas la dernière fois, que le mal du pays m’envahissait. Je ne voulais plus rien d’autre que de revoir mes proches. Je n’étais pas à bout de force physiquement, mais émotionnellement. Ce furent ce type de moments dans mon voyage qui m’ont forcé à mettre en réflexion mon comportement de tous les jours et mes relations. J’en suis très reconnaissant, car grâce à ça, j’ai pu aller au bout de mes pensées et prendre des décisions concrètes, qui me semblent toujours être les bonnes. Ces décisions sont la raison de mon sentiment de liberté et de bonheur qui m’accompagnent dans ma vie depuis mon retour.
Quelques kilomètres plus tard, le chemin m’a fait quitter la campagne. Je marchais sur un large trottoir, en traversant une petite ville. Une voiture de course qui m’a dépassé à toute vitesse me fait alors sursauter. Ce n’était que la première de toute une flopée d’autres. En arrivant à une petite plage, je comprends enfin ce qu’il se passe. Là-bas se trouvait la ligne de départ, depuis laquelle un conducteur après l’autre se lançait dans une course contre la montre. Le bruit de ces innombrables moteurs rendait complètement inutiles mes écouteurs.
Vers midi j’ai alors atteint Comillas, la fin officielle de l'étape. Cela signifiait que j’avais déjà parcouru 22 kilomètres. J’ai décidé que j’allais continuer jusqu’à San Vicente de la Barquera, ville qui se trouve à onze kilomètres de Comillas.
Le camino suivait une route principale pour sortir de Comillas. Heureusement il y avait un chemin piéton, ce qui rendait ce passage moins stressant que d’autres le long de routes principales. Une vue impressionnante s’offre alors moi. Entre la route et la mer se trouvait une grande réserve naturelle.
Puis le chemin consistait de montées et de descentes, comme je commençais à en avoir l’habitude. Sur un chemin rocheux j’escaladais une colline après l’autre. C’est sur cette partie de mon trajet que j’ai croisé Renate, avec qui j’avais partagé ma chambre à l’Abuelo Peuto. Elle m’a tout de suite reconnu et je me suis joint à elle. Tout en discutant nous avons parcourus de nouvelles collines et même un parc de golf. Nous avons très vite remarqué que nous n'avions pas le même rythme de marche. Nous nous séparons alors, en sachant que nous avions tous les deux la même auberge comme but.
Peu après avoir quitté Renate, j’ai fini par perdre le camino. J’ai alors fait le dernier bout sur la route principale, sans trottoir cette fois-ci. Avec les aventures de Percy Jackson dans les oreilles, j’ai persévéré sur les derniers kilomètres. Mes genoux me posaient à nouveau problème ce jour-là. Vers trois heures de l’après-midi j'aperçois enfin le grand pont qui menait à la ville. Une dernière montée et j’étais arrivé à l’auberge.
Deux dames m’ont accueilli chaleureusement. Je me suis installé, puis je me suis dirigé en direction des douches. Dans le couloir j’entendais déjà une voix chanter haut et fort, accompagné de petits bips incessants d’un téléphone portable. J’ai évidemment su de qui il s’agissait: José! Tout en silence j’ai pris ma douche. Je savais que s' il me voyait, il allait tout de suite engendrer une discussion sans fin. Je l’aimais bien, mais je n’avais vraiment pas l’énergie pour un tel échange. Après m’être douché je suis redescendu dans la ville pour aller acheter à manger.
Quand je suis revenu avec mon sac plein de vivres, Renate était arrivée elle aussi. Nous avons partagé la machine à laver et une fois celle-ci lancée, on s’est assis à une table. Autour d’un thé une question menait à la prochaine et, très vite, notre discussion était bien plus profonde. Nous avons parlé de gens chers que nous avions perdus, de la douleur du deuil et de comment je vivais mon voyage avec eux dans mon coeur, vivant chaque instant le plus intensément possible pour eux. Plusieurs fois nous étions proches des larmes. Je lui en suis très reconnaissant, car j’ai pu exprimer des pensées que je n’avais même pas osé formuler dans mon esprit. Renate était une très bonne auditrice et faisait preuve de compréhension. Elle ne lira probablement jamais ce texte, mais on ne sait jamais. Renate, merci du fond du cœur pour cette discussion, elle m’a fait beaucoup de bien.
Le soir tout le monde à mangé dans la salle commune, chacun ce qu’il avait acheté ou trouvé dans son sac. La soirée s'est rallongée, car José et moi avons discuté. Je l’aimais bien, mais son incroyable débit de mots était des fois juste trop, surtout qu’il ne parlait pas calmement la plupart du temps. Une habitude que Renate trouvait, comme moi, assez fatiguante. Au bout d’un moment, j'ai réussi à quitter la table. Avec une fatigue bien agréable je me suis couché.
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