Veuillez suivre la coquille IV
- Carlito Thormann
- 17. Jan. 2022
- 4 Min. Lesezeit
Aktualisiert: 3. Jan. 2023
Le pire jour de mon voyage POINT

07.10.2021
La nuit fut rude. Chaque petit mouvement fit grincer les lits en hauteur. Un de mes voisins ronflait de manière si impressionnante que je me suis demandé à plusieurs reprises, si il n’était pas en train de s'étouffer dans son sommeil. Une des plus mauvaises nuits de mon périple, qui vint se placer juste avant le jour le plus long et le plus dur. Mais j’y viens.
Personne n'est resté longtemps dans la chambre ce matin-là. Aux alentours de six heures, la plupart des pèlerins étaient déjà en train de rassembler leurs affaires et se préparer. J'ai pris le petit déjeuner avec mes deux connaissances de la veille. Nous avons pris la décision de nous retrouver le soir, dans un monastère, situé à 25 kilomètres de l’auberge.
Peu après Amanda, avec ma lampe frontale sur le front, je quittai l’auberge vers sept heures. Il faisait encore nuit et une demi-heure après mon départ, les débuts d’un magnifique lever de soleil montrait le bout de son nez. Quand je rattrape Amanda, le ciel est inondé de couleurs chaudes. Une petite pause pour observer ce spectacle de la nature s’imposa à nous. Un tableau du bon dieu, comme dirait ma mère.
Le matin était une succession de montées et de descentes. J’avais décroché Amanda, avec la promesse de se retrouver au monastère. Avec un nouveau livre audio dans les oreilles, je me baladais dans les collines du pays basque. Les paysages de ce matin-là font partie des plus beaux que j’ai eu la chance de voir dans ma vie. Des collines peuplées de verts s’étendaient jusqu’à l’horizon, parsemées de petits regroupements d'habitations. Les maisons ressortaient comme des tâches sur une nappe d’un blanc immaculé, comme si les hommes n’avaient rien à faire là, au millieu de cette nature.
Avec un rythme soutenu et peu de pauses, je finis par atteindre le monastère peu après 13 heures. Aucun signe de vie de la part d’Amanda ou Alessandro depuis le matin. Je pris alors la décision de continuer à marcher. J’avais encore de l’énergie à dépenser et je trouvais qu’il était trop tôt pour s'arrêter. Si seulement j’avais su à quel point cette décision était idiote. Mais, ne me souciant de rien, je repris la route.
Le parcours continuait à travers les collines. Certaines parties du chemin était boueuse, au point où je me sentais comme au fin fond de l'Amazonie. Tomber sur un alligator caché derrière un virage ne m’aurait pas surpris. Au bout de quelques kilomètres de plus, mes pieds avaient décidé de commencer une collection de cloques et mes genoux me demandaient furieusement ce qu'ils m’avaient fait pour mériter ce qui se passait. Naturellement donc, la question de où mon étape allait enfin prendre fin me travaillait de plus en plus.
Au prochain panneau d’indication je me suis arrêté pour boire et étudier la question. Gernika-Lumo, la ville la plus proche, se trouvait à 16 kilomètres. Après m’être concerté avec mon corps, c’était définitivement trop de kilomètres. Je pris donc la décision de trouver une auberge avant. Magnifique plan qui, doit-je vraiment le préciser, n’allait pas du tout se dérouler comme prévu.
Vient alors un moment de fausse joie. Après avoir passé de l’autre côté d’une chaîne de collines, une flèche indique une auberge, dans le sens opposé du camino. C’est comme si je pouvais entendre le soulagement des mes genoux. J'aperçois alors deux pèlerins, venant de la direction de l’auberge salvatrice. -Cerrado, dit l’un de deux. Fermée. L’auberge qui était censée être la fin de cette terrible journée, fermée. Je n'avais donc plus le choix. J’allais devoir continuer jusqu’à Gernika-Lumo.
Le chemin continua de descendre en direction de la vallée. Une bonne partie de la descente était assurée par un grand escalier en bois, qui menait à travers une forêt. La descente était raide et l’escalier n’avait pas l’air d’avoir été bien entretenu. J’ai préféré sauter quelques marches, n’ayant pas forcément envie de finir à plat ventre pour le reste de la descente.
En arrivant au bout de l’escalier, j'aperçois pour la première fois la petite ville. Je me voyais déjà m'étaler sur un lit et reposer mes jambes. Mais voir la ville et l’atteindre sont deux choses différentes. J’avais l’impression que le chemin se faisait un malin plaisir de prendre tous les virages possibles. Après près de 45 kilomètres dans les jambes, je fais les derniers pas en jurant presque continuellement.
J’arrive alors enfin à l’office du tourisme. On tamponne mon passeport de pèlerin et on m'informe que l’auberge publique est fermée, pour cause de pandémie. Je me suis rendu à l’hôtel que m’avait indiqué la dame de l’office. Me voilà devant une machine, qui est censée me permettre de prendre une chambre par moi-même. Après plusieurs essais et l’aide d’un passant, j’arrive enfin à obtenir une chambre. Cerise sur le gâteau: La chambre me coûte 51 euros! Mais bon, j’aurais sûrement payé le double ce jour-là, trop exténué pour ne faire ne serait-ce qu’un pas de plus.
Le repas du soir est très vite résumé: du chocolat. Aucune envie ni énergie pour aller chercher autre chose dans la petite ville.
Cette journée m’a poussé au-delà de mes limites. Mais elle m’a également appris une leçon non négligeable pour la suite de mon voyage: Ne jamais attaquer les étapes à l’aveugle. A partir de là, tous les soirs je prenais le temps de me renseigner sur toutes les auberges que j’allais croiser le jour suivant. Je me fis une promesse: plus jamais 45 kilomètres en un jour!

Comments